Pièce n°V
La première chose qu'il se dit en ouvrant les yeux, fut un truc du genre : « Toi mon gars, t'as une chance de cocu ! » Il faut dire aussi qu'elles étaient sacrément belles. Très différentes l'une de l'autre. Un peu clichés peut-être. La brune et la blonde. Deux corps de rêves. La brune était grande, longiligne, des petites seins rebondis, un peu d'abdo, un petit cul musclée, une toison affriolante, des jambes infinies. La blonde était plus petite, une poitrine démesurée, un peu de graisse mais là ou il le fallait, rasée de près. Comment les avait-il rencontrées ? Et surtout comment se retrouvait-il avec elles deux au petit matin ? Il avait des facilitées pourrait on dire.
La soirée de la veille avait été terrible. Ce procès d'un autre âge. Les 7 jurés invisibles autour d'un accusé tout aussi invisible. La condamnation à la peine capitale. Et la sentence exécutée. Et lui qui avait participé à cela, à cette conjuration des 7, comme il essayait d'y repenser sous un ton romanesque. Après, il n'avait pas voulu pas rentrer chez lui. Alors il était sorti, traîner et boire. Dans le bar australien, près de Châtelet, la musique jouait à fond. Il avait du débourser 10 euros, mais c'était gratuit pour les filles. Et elles étaient nombreuses. Dansant sur les tables, dans la fumée et la sueur. Il avait repéré la brune immédiatement. Il faut dire aussi qu'il avait un faible pour les grandes. Il l'avait approché, l'air fier, comme il savait faire. Dans ces moments là, on pouvait le comparer à une panthère. Un fauve qui avancerait à pas mesurés, sûr de sa force. Je ne dis pas qu'elle avait tout de suite était séduite, mais elle l'avait immédiatement remarqué. Monté sur la table, il avait dansé l'air détaché. Une cigarette dans une main, une bière dans l'autre. Il savait bouger. Il n'avait pas le rythme dans la peau, mais il suivait la musique avec élégance. Comme en plus, il était plutôt son genre, elle avait pris plaisir à danser avec lui. C'était alors qu'ils étaient coller l'un à l'autre, dans un déhanchement langoureux, qu'il aperçu la blonde. Elle montait aux toilettes des filles et en passant sous la lumière noire, son décolleté se révéla dans toute sa splendeur. Il eu du mal à revenir sur la brune. Ou plutôt, il aurait eu du mal à revenir sur la brune, si cette dernière ne se montrait très entreprenante. Se frottant contre lui, d'une manière qui frisait l'indécence. Il ne pouvait pas trop hésiter, mais le souvenir de la blonde revenait sans cesse. Il se demandait laquelle choisir, tout en se disant que l'idéal, aurait été de ne pas avoir à faire de choix. Et au matin, il se réveillait avec les deux. Les folies de nuit avaient laissé des traces. Il avait des courbatures, des marques de suçons et même quelques griffures. La blonde s'était révélée experte en caresses de toutes sortes. Et la brune… Oh la brune ! Ses avances de la veille n'étaient qu'une mise en bouche en comparaison des efforts nocturnes déployés. Quelle nuit pensait-il ! Quelle nuit !
Son appartement était un champ de bataille d'une guerre de textiles. Lycra, soie, cuir, coton, jean, dentelles, tous les vêtements avaient été expulsés avec force. Le lit lui-même était en désordre. La couette était sortie de son drap house, le drap laissé apparaître l'alaise, un des oreillers était par terre, l'autre sous le ventre de la brune qui s'en servait comme d'un doudou, même si il se dit gaillardement, que cela laissé penser à une utilisation plus coquine. La blonde ronflait légèrement en laissant l'air expiré passé entre ces lèvres généreuses ce qui les faisait vibrer d'une manière assez comique. Il était là à savourer sa victoire sur la vie et sur lui-même, à profiter d'un instant de bonheur rare quand son radio réveil se mit à sonner de façon très désagréable. La brune qu'il enserrait encore d'un bras ouvrit un œil réprobateur, voire carrément mauvais. La blonde sursauta prise de peur comme tirée d'un cauchemar. Il desserra son étreinte et éteignit le réveil. 10h00. Il hésita à mettre la radio, mais si il aurait appréciait un morceau de jazz, il n'avait aucune envie d'entendre le flash d'information ou pire encore de la publicité. Il s'abstint donc. Sur la tablette, un autre souvenir de la nuit, plus terrible celui-là, l'aiguille de métal vert. Il ne voulait pas y repenser maintenant. Il allait pour se recoucher quand il remarqua que ces compagnes de lit n'y étaient plus vraiment. La blonde remettait déjà son pull, oubliant de renfiler son soutien-gorge, tandis que la brune qui avait déjà remis sa culotte en était à enfiler ses collants. « Ben alors les filles, qu'est ce qui vous prend ? », s'entendit-il dire d'une voix un peu trop rauque. « Moi je dois y aller. » répondit la brune. « Et moi pareil ! » fit la blonde. « Déjà ? » remarqua t'il déçu. « Tu t'attendais quand même pas à ce que ça dure ! » répondit la brune d'un ton d'ironie. « Ouais, on n'a pas que ça à faire !» dit la blonde. « Et puis c'est 100 euros. » dit la brune. « Chacune. » renchérit la blonde. Il fut pris d'un moment de doute. Il ne rappelait pas qu'il avait été question d'argent. Il essayait de se souvenir. Il ne pensait pas avoir un jour à faire à des professionnelles. Elles partirent d'un rire franc. « Tu verrais ta tête ! » se moqua la brune. « Un vrai nigaud » ajouta la blonde. « Mais non, c'était sympa » calma la brune. « Oui, t'es un bon coup, t'inquiètes, et pas besoin de payer » rassura la blonde. « On se reverra ?» leur demanda t'il. « Pourquoi pas » dirent-elles en chœur. « Tous les trois ? » dit-il. « Peut-être. » dit malicieusement la brune. « Peut-être » dit sensuellement la blonde. « Et maintenant ? » vous faites quoi, ajouta t'il, alors que chacune d'elle enfilait une veste. « Moi, je rentre par le métro », fit la brune. « Moi, j'habite à deux pâtés de maisons d'ici », fit la blonde. « Tu m'accompagnes ? » dirent-elles à l'unisson…
A vous de décider :
1) prendre le métro avec la brune
2) rentrer chez elle avec la blonde
3) rester chez lui et repenser à la veille
Et pour orienter un peu plus. Ce qui arrive après… :
a) …se passe bien
b) …se passe mal
Et sinon, vous lui voyer quelle tête, celle de :
1) Benjamin
2) Herman
3) Jibat
4) Julien
5) Sébastien
6) Steva
7) Vlad
8) Une autre personne…
Illustration Francis Picabia "La brune et la blonde".
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